Le métier de livreur n’a rien d’improvisé. Pour un professionnel, sur chaque journée est appliquée une stratégie minutieuse, pensée autour des deux heures de pointe et de la période plus imprévisible de l’après-midi.
Voici comment se déroule, heure par heure, une journée typique de coursier bruxellois visant l’objectif réaliste de 150–170 €.
11h45 — Départ : préparer sa journée et activer les applications
La journée commence à midi moins le quart.
Le livreur vérifie son équipement, allume Uber Eats et Deliveroo, et se positionne immédiatement dans sa zone bien connue.
Une “zone bien connue”, c’est quoi ?
Ce n’est pas une zone choisie au hasard :
c’est la zone de prédilection du livreur, celle qu’il connaît par cœur —
chaque rue, chaque feu, chaque raccourci, chaque restaurant, les habitudes des commerces, les vitesses de préparation, les heures creuses et les heures pleines.
C’est dans cette zone-là qu’il est le plus efficace, car
- il roule plus vite,
- il perd moins de temps,
- il optimise chaque trajet,
- il évite les pièges et les attentes inutiles,
- il rentabilise chaque course au maximum.
Pour certains, ce sera le Cimetière d’Ixelles, pour d’autres la Porte de Namur, Anspach, Docx Evere ou la Bascule…
L’important n’est pas la zone en soi :
l’important, c’est que le livreur la maîtrise parfaitement.

12h00 – 14h30 : La première heure de pointe — Exploiter au maximum SA zone
À midi, la vague commence.
Les commandes tombent en continu. C’est le moment où la connaissance de la zone fait toute la différence.
Dans sa zone bien connue, le livreur :
- sait quels restaurants sont rapides,
- connaît les entrées les plus efficaces,
- évite les embouteillages récurrents,
- choisit instinctivement les meilleures routes,
- économise plusieurs minutes par course.
C’est grâce à cette maîtrise qu’il peut enchaîner 8, 10, parfois 12 courses pendant ce pic.
La règle d’or :
Ne surtout pas quitter la zone tant qu’elle performe.
Une erreur fréquente des débutants consiste à suivre une commande trop loin, puis rester coincé dans un quartier moins rentable. Le livreur expérimenté, lui, revient immédiatement dans son “noyau” dès la course terminée.
C’est ainsi que l’on transforme une vague en bénéfice.
14h30 – 18h00 : La “plage flottante” — Accepter tout et aller partout
Une fois la vague de midi passée, le rythme change.
Les commandes se dispersent, les zones classiques s’affaiblissent.
Ici, la stratégie est totalement différente :
on prend tout, où que ce soit.
Qu’il s’agisse d’une livraison à :
- Rhodes-Saint-Genèse,
- Waterloo,
- Grand-Bigard,
- Tervuren,
- Vilvorde,
- ou même en bordure du Brabant wallon…
… cela n’a aucune importance.
Ce créneau permet souvent de récupérer 30 à 50 € supplémentaires que les livreurs “immobiles” ne feront jamais.

18h00 – 22h00 : Deuxième heure de pointe — Retour dans SA zone
À 18h00, la ville s’illumine, les restaurants tournent à plein régime, les plateformes accélèrent.
Le livreur retourne alors dans sa zone de prédilection, celle qu’il maîtrise parfaitement.
Et comme à midi, la stratégie est simple : rester dans ce périmètre, enchaîner les courses coutes et rapides, éviter les longs trajets qui t’éloignent, et profiter du boost du soir.
C’est généralement dans ce créneau que l’objectif final se solidifie.

22h00 : Objectif de 150–170 € atteint
En respectant cette structure — une zone maîtrisée aux heures de pointe, une mobilité totale pendant le creux — le livreur professionnel atteint généralement 150 à 170 € par jour, parfois plus le venrdredi et le samedi.
Ce résultat est le fruit :
- de la stratégie,
- de la connaissance de la ville,
- de l’expérience,
- et surtout de la maîtrise parfaite de la zone choisie.
Pièce rapportée
Votre serviteur qui écrit ces quelques lignes en a fait lui-même les frais. Autrefois, je ne roulais qu’avec une seule appli (Uber, en l’occurrence) et je circulais un peu partout au hasard sans aucune stratégie bien définie. Le constat est sans appel : durant cette période, je n’atteignais que péniblement 120€ à 130€ par jour. Aujourd’hui, en appliquant cette méthode, j’atteins systématiquement le seuil des 150€ à 21h00. Évidemment, il existe encore de nombreuses journées un peu pourries où je n’y arrive pas. Mais dans ces moments-là, je sais que j’ai fait le maximum et que j’aurais de toute façon fait beaucoup moins si je n’avais pas suivi cette méthode, apprises au cours de nombreuses années de travail.
Conclusion
La journée d’un livreur professionnel est une mécanique bien huilée, forgée par des milliers de courses. Ce n’est pas un métier improvisé : c’est un rôle où la stratégie, la connaissance des lieux et l’endurance forment une seule et même compétence.
Et pour ceux qui veulent atteindre les revenus les plus stables, la clé reste la même :
être au bon endroit, au bon moment, avec une logique implacable de rentabilité.