Le 26 novembre marquera une nouvelle journée de grève générale en Belgique. À l’appel des organisations syndicales, des milliers de travailleuses et travailleurs s’arrêteront pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de vie et de travail. Cette fois, les livreur·euses de plateformes ne resteront pas en marge : lors de leur dernière Assemblée Générale, la Maison des Livreurs – Bruxelles a décidé collectivement de rejoindre la mobilisation.
Non pas par solidarité abstraite, mais parce que la situation des livreur·euses n’a jamais été aussi alarmante.

Une précarité qui s’aggrave : la chute des revenus
Depuis des mois, les livreur·euses témoignent d’une baisse nette et continue de leurs revenus. Chaque course rapporte moins qu’auparavant, les distances augmentent, les temps d’attente explosent, et les plateformes ajustent leurs tarifs à leur avantage sans aucune discussion avec celles et ceux qui pédalent sous la pluie.
Beaucoup se retrouvent à rouler dix ou douze heures pour atteindre un revenu qui ne couvre plus les frais, encore moins un salaire digne.
Cette baisse n’est pas un accident : c’est la conséquence directe d’un modèle économique qui fait peser tous les risques sur les livreur·euses, et aucune obligation sur les plateformes.
Les blocages automatiques : une punition sans juge
À cela s’ajoute une pratique devenue insupportable : les blocages automatiques. Du jour au lendemain, sans explication, sans dialogue, sans possibilité réelle de défense, un compte peut être désactivé.
Pour un livreur ou une livreuse, cela signifie la perte immédiate du revenu du mois, parfois du seul revenu du ménage.
C’est une violence silencieuse, mais brutale, qui plonge des travailleurs dans l’angoisse permanente.
La Maison des Livreurs le répète depuis des années : il n’existe aucune profession où une personne peut être privée de travail par un algorithme opaque, sans procédure, sans recours, et sans droits.
Le manque de respect : une réalité quotidienne
Sur la route, les livreur·euses sont confronté·es à un autre problème, plus diffus mais tout aussi destructeur : le manque de respect.
Du côté des plateformes, le dialogue social est inexistant. Du côté de certains clients, les comportements dégradants, les notations injustes, voire les agressions verbales existent bel et bien.
Et dans l’espace public, les livreur·euses restent trop souvent perçu·es comme des silhouettes anonymes, alors qu’ils et elles sont des travailleurs essentiels à l’économie du quotidien.
Un statut illégal, une stratégie juridique bafouée
L’ensemble du secteur fonctionne sur une fiction juridique : celle du faux indépendant.
Les livreur·euses exécutent des ordres, subissent un contrôle permanent, dépendent d’une plateforme unique… mais ne bénéficient ni d’un salaire, ni d’une protection sociale, ni de droits syndicaux effectifs.
La Maison des Livreurs mène depuis longtemps une stratégie juridique collective pour faire reconnaître la réalité de ce travail : une relation salariale déguisée.
Mais cette stratégie se heurte à la mauvaise volonté des plateformes, qui multiplient les artifices juridiques pour éviter leurs responsabilités.
Participer à la grève du 26 novembre, c’est rappeler que cette lutte n’est pas seulement économique, mais démocratique.
Pourquoi rejoindre la grève générale ?
Si les livreur·euses participent au mouvement, c’est parce qu’ils et elles partagent les réalités vécues par d’autres travailleurs :
la perte de pouvoir d’achat, la précarisation, le mépris institutionnel, les attaques contre les droits sociaux.
Mais la mobilisation du 26 novembre est aussi l’occasion de montrer quelque chose d’essentiel : les livreur·euses ne sont pas isolé·es.
En rejoignant les piquets, en allant à la rencontre des travailleurs des autres secteurs, la Maison des Livreurs veut faire entendre sa voix et démontrer que les plateformes ne pourront pas éternellement maintenir ce secteur dans l’invisibilité.

Un piquet roulant pour aller à la rencontre des luttes
Pour cette journée d’action, les livreur·euses organiseront un piquet roulant.
Le principe est simple : se rassembler à vélo à un même point, puis rejoindre plusieurs piquets de grève dans Bruxelles.
À chaque arrêt, ils et elles expliqueront leurs conditions de travail, partageront leurs revendications, et chercheront du soutien.
Cette démarche reflète l’ADN de la Maison des Livreurs : une organisation qui refuse le repli et qui mise sur la solidarité interprofessionnelle comme voie de transformation sociale.
Sortir de l’invisibilité, construire la solidarité
La mobilisation du 26 novembre ne résoudra pas tout. Mais elle sera un pas important.
Un moment où celles et ceux qui subissent les décisions des plateformes pourront se rendre visibles, s’exprimer collectivement et tisser des alliances avec d’autres secteurs.
Car c’est bien cela qui est en jeu : l’avenir du travail, la dignité, et le refus de laisser les plateformes dicter un modèle où les travailleurs sont seuls face à l’algorithme.
La Maison des Livreurs invite donc l’ensemble des livreur·euses, ainsi que toutes celles et ceux qui soutiennent leur combat, à rejoindre ce mouvement.
Parce qu’aucun combat social n’a jamais été gagné sans organisation.
Parce que les conditions de travail ne changent jamais toutes seules.
Et parce que la solidarité reste l’arme la plus puissante des travailleurs.
Camille Peeters, Responsable de la Maison des livreurs