La chute brutale des revenus chez les livreurs Uber Eats : quand l’offre explose

Depuis plusieurs mois, un phénomène inquiétant s’installe dans le secteur de la livraison à Bruxelles : une chute brutale du chiffre d’affaires chez de nombreux livreurs Uber Eats. Pour beaucoup, les journées sont devenues imprévisibles, les revenus instables, et les longues heures passées sur la route ne garantissent plus un minimum de rentabilité. Derrière cette situation, une cause principale se dessine clairement : l’explosion du nombre de livreurs actifs.

Aujourd’hui, certaines estimations évoquent un chiffre qui donne le vertige : près de 25 000 livreurs Uber Eats seraient actifs en Belgique, avec une concentration massive à Bruxelles. Une telle densité sur un territoire relativement restreint entraîne mécaniquement une dilution des commandes. Là où auparavant un livreur pouvait enchaîner les courses sans interruption, il doit désormais attendre, parfois longtemps, pour recevoir une livraison.

Cette augmentation soudaine du nombre de livreurs ne s’est pas faite par hasard. Elle coïncide avec des évolutions sociales majeures, notamment la suppression progressive du droit au chômage pour certaines catégories de travailleurs. Privées de revenus, de nombreuses personnes se tournent vers la livraison comme solution de repli rapide. Uber Eats, avec sa facilité d’accès et son absence de sélection rigoureuse, devient alors une porte d’entrée évidente.

À cela s’ajoute un autre phénomène, plus problématique : l’utilisation massive du système P2P, souvent détourné de son objectif initial. En théorie, ce système permet une activité occasionnelle, complémentaire. En pratique, il est devenu pour beaucoup un moyen d’exercer une activité quasi professionnelle sans cadre légal strict. La dérive la plus connue reste celle du “faux compte” : un individu loue ou utilise le compte d’un tiers pour travailler, contournant ainsi les limitations ou les obligations administratives. Ce système alimente encore davantage l’offre de livreurs, souvent au détriment de ceux qui travaillent dans les règles. Plus d’infos ici.

Le résultat est sans appel : trop de livreurs pour un volume de commandes qui, lui, n’a pas augmenté dans les mêmes proportions. La conséquence directe est une baisse des revenus individuels, mais aussi une pression accrue sur les conditions de travail. Les livreurs sont contraints d’accepter davantage de courses, parfois moins rentables, pour maintenir un niveau de revenu acceptable.

Dans ce contexte, les livreurs Deliveroo semblent, pour l’instant, moins touchés par cette saturation. La raison est simple : Deliveroo a adopté une approche beaucoup plus prudente. Suite à ses démêlés avec l’inspection du travail et plusieurs procédures judiciaires, la plateforme a considérablement réduit, voire abandonné, le recours au système P2P. Elle maintient ainsi un nombre de livreurs plus stable, évitant une explosion incontrôlée de l’offre.

Cependant, cette relative stabilité a un revers. Les courses Deliveroo sont généralement moins bien rémunérées que celles d’Uber Eats. Là où Uber peut encore proposer certaines livraisons attractives, Deliveroo applique une grille tarifaire plus basse, ce qui limite le potentiel de gains, même dans un environnement moins saturé.

Le marché de la livraison à Bruxelles semble donc pris dans une contradiction difficile à résoudre. D’un côté, Uber Eats attire par ses tarifs potentiellement plus élevés, mais souffre d’une surpopulation de livreurs qui réduit fortement les opportunités. De l’autre, Deliveroo offre un cadre plus stable, mais avec des rémunérations plus faibles.

Pour les livreurs, la réalité est désormais claire : l’âge d’or de la livraison semble révolu. Le secteur entre dans une phase de maturité, marquée par une concurrence accrue, une pression économique plus forte et des revenus en baisse. Dans ce nouveau paysage, seuls ceux qui sauront s’adapter — en optimisant leurs horaires, leurs zones de travail ou leurs stratégies — parviendront peut-être à tirer leur épingle du jeu. Plus d’infos sur la stratégie ici.

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