Algorithmes Uber Eats et Deliveroo : pourquoi accepter toutes les commandes te rend indispensable

Dans le monde de la livraison, il y a une vérité que tous les livreurs finissent par comprendre, parfois après des semaines d’incompréhension : les algorithmes ne sont pas neutres. Ils observent, analysent, classent… et surtout, ils favorisent certains comportements.

Parmi ces comportements, il y en a un qui domine tous les autres : accepter les commandes.

L’algorithme récompense l’obéissance

Que ce soit sur Uber Eats ou Deliveroo, le principe est simple. Chaque fois qu’un livreur accepte une commande, il envoie un signal clair à l’algorithme : “je suis disponible, fiable et prêt à travailler”.

À l’inverse, refuser une commande — même pour de bonnes raisons — peut être interprété comme un manque d’engagement. Et dans un système où des milliers de livreurs sont connectés en même temps, cette distinction devient cruciale.

Résultat : les livreurs qui acceptent régulièrement les courses reçoivent plus de propositions, et surtout plus rapidement.

Ce n’est jamais affiché noir sur blanc, mais sur le terrain, c’est une évidence.

Deliveroo : un système encore plus marqué

S’il existe une différence notable entre les plateformes, elle se situe clairement du côté de Deliveroo.

Sur Deliveroo, le phénomène est encore plus accentué. Un livreur qui accepte systématiquement toutes les commandes entre dans une sorte de “flux continu”. L’algorithme le considère comme un maillon fiable et l’intègre dans une chaîne logistique presque ininterrompue.

Concrètement, cela signifie une chose :
il ne s’arrête presque jamais.

À peine une livraison terminée, une autre arrive. Puis une autre. Et encore une autre. Le livreur devient littéralement un élément mobile du système, constamment sollicité.

À l’inverse, celui qui sélectionne ses courses peut se retrouver à attendre, parfois longtemps, même en période active.

Toujours en mouvement… mais à quel prix ?

Ce fonctionnement peut sembler idéal. Après tout, rester constamment en mouvement signifie enchaîner les livraisons, donc potentiellement gagner plus.

Mais il y a un revers.

En acceptant tout, le livreur abandonne une chose essentielle : le contrôle de son positionnement.

L’algorithme ne raisonne pas comme un humain. Il ne cherche pas à optimiser le confort du livreur, ni à le maintenir dans une zone cohérente. Il cherche à optimiser la distribution globale des commandes.

Résultat : le livreur peut être envoyé très loin de sa zone de départ, parfois sans même s’en rendre compte.

Un enchaînement de courses peut progressivement l’éloigner de plusieurs kilomètres, quartier après quartier, jusqu’à se retrouver dans une zone qu’il ne connaît pas, ou peu rentable pour le retour.

Le piège du “toujours accepter”

C’est là que le piège se referme.

Le livreur qui accepte tout devient performant aux yeux de l’algorithme… mais peut aussi devenir dépendant de ce flux constant. Il continue, encore et encore, sans réellement reprendre la main sur sa stratégie.

Et plus il accepte, plus il est sollicité. Plus il est sollicité, plus il accepte.

Un cercle parfaitement entretenu.

Trouver l’équilibre

Faut-il alors refuser des commandes ? Pas forcément. Mais comprendre le système permet de mieux l’utiliser.

Accepter beaucoup peut être une stratégie efficace pour rester actif, surtout sur Deliveroo. Mais accepter intelligemment — en gardant un œil sur la distance, la zone et le moment — permet d’éviter de subir complètement l’algorithme.

Car au final, une question reste essentielle :
travaille-t-on avec l’algorithme… ou pour lui ?

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