Hier, alors que je récupérais une commande, un commerçant m’a posé une question que l’on adresse souvent aux livreurs :
— Vous gagnez bien votre vie en faisant ce métier ?
Je lui ai répondu :
— Oui, mais j’ai la technique.
Évidemment, il a immédiatement voulu connaître cette fameuse technique. En réalité, il n’existe pas de formule magique. Pour obtenir un revenu correct, il faut surtout éviter les pertes de temps, pouvoir travailler régulièrement et bien connaître son terrain.
Première technique : un scooter super-équipé
Je lui ai donc montré. Mon scooter est équipé pour travailler dans presque toutes les conditions : un grand coffre de transport, une couverture, des manchons et un gros pare-brise.
En été comme en hiver, je peux donc rouler dans des conditions relativement correctes. Lorsqu’on passe plusieurs heures par jour sur la route, ce type d’équipement n’est pas un luxe. Le froid, la pluie et le vent finissent rapidement par fatiguer le livreur et ralentir son travail.
Un scooter correctement équipé permet de rester plus longtemps sur la route, d’être moins éprouvé physiquement et de protéger convenablement les commandes. C’est un véritable outil professionnel.

Deuxième technique : posséder deux scooters
Oui, j’ai deux scooters.
Cela peut sembler excessif, mais pour un livreur professionnel, l’immobilisation du véhicule signifie immédiatement l’arrêt des revenus.
Un pneu crevé, une révision au garage, une panne mécanique ou une pièce indisponible peuvent suffire à empêcher de travailler pendant plusieurs jours. Avec un deuxième scooter, je peux continuer mes livraisons pendant que le premier est réparé.
Cela représente évidemment un coût supplémentaire : achat, assurance, entretien et immatriculation. Mais ce deuxième véhicule est essentiel. Lorsqu’on dépend entièrement de son scooter pour gagner sa vie, disposer d’une solution de remplacement peut faire toute la différence.

Troisième technique : rester dans une zone que je connais parfaitement
Je travaille systématiquement dans une zone que je connais à fond.
Je connais les rues, les raccourcis autorisés, les carrefours difficiles, les endroits où il est possible de se garer et les restaurants qui préparent rapidement les commandes. Je sais également où se trouvent les entrées des immeubles, les cours intérieures et les numéros de rue les plus difficiles à repérer.
Cette connaissance du terrain me permet d’être beaucoup plus rapide sans devoir rouler dangereusement. Quelques minutes gagnées sur chaque livraison peuvent représenter une différence importante à la fin de la journée.
Changer constamment de zone oblige au contraire à chercher son chemin, à comprendre la circulation locale et à découvrir les difficultés propres à chaque quartier. Une application GPS aide, bien entendu, mais elle ne remplace pas l’expérience du terrain. Dans une ville aussi vaste que Bruxelles, se spécialiser est un avantage. Connaître toute la ville à fond est illusoire.

Et la quatrième technique ?
C’est à ce moment-là que j’ai expliqué au commerçant ma dernière astuce :
Je grille tous les feux rouges, je prends tous les sens interdits et, grâce à Waze, je roule à toute vitesse partout. J’ajoute à cela un pilotage digne d’un champion de MotoGP et le tour est joué : je gagne facilement une ou deux heures par jour, soit une cinquantaine d’euros !
Non, je plaisante.
Je respecte le loi. Mais je connais quelqu’un qui connaît quelqu’un qui… Enfin, vous voyez ce que je veux dire.

La véritable technique : être organisé
Il n’y a donc aucun secret extraordinaire. Ma méthode repose sur trois éléments très simples : du matériel adapté, une solution de secours et une excellente connaissance de ma zone de travail.
Être rentable comme livreur ne consiste pas uniquement à rouler plus vite. Il faut surtout réduire les périodes d’arrêt, limiter la fatigue et éviter de perdre du temps inutilement.
Finalement, la meilleure technique n’est peut-être pas d’accélérer davantage, mais de mieux s’organiser.