Canicule : quand il fait trop chaud, notre cerveau fonctionne-t-il moins bien ?

Rouler toute une journée sous 30 ou 35 °C n’est pas seulement fatigant physiquement. La chaleur peut également affecter la vigilance, l’attention et la rapidité de réaction. Pour un livreur qui passe plusieurs heures dans la circulation, ce n’est donc pas un détail.

Lorsque les températures grimpent, on pense immédiatement à la soif, à la transpiration ou au risque de coup de chaleur. Mais il existe un autre effet, beaucoup moins visible : nos capacités intellectuelles peuvent elles aussi commencer à diminuer lorsque l’organisme subit un stress thermique important.

Et contrairement à ce que l’on pourrait croire, il ne faut pas nécessairement perdre connaissance ou être victime d’un véritable coup de chaleur pour que la chaleur commence à poser problème.

Le corps doit constamment évacuer la chaleur

Notre organisme cherche en permanence à maintenir sa température centrale autour de 37 °C.

Lorsqu’il fait chaud, il doit donc augmenter ses mécanismes de refroidissement : les vaisseaux sanguins de la peau se dilatent, la circulation sanguine s’adapte et nous transpirons davantage.

Tout cela représente une contrainte physiologique supplémentaire.

Il serait cependant incorrect de dire que « le cerveau utilise toute son énergie pour rester à 36,5 °C ». La thermorégulation concerne l’ensemble de l’organisme et est notamment pilotée par l’hypothalamus.

L’idée générale n’est pourtant pas complètement fausse : plus l’organisme doit lutter contre la chaleur, plus le stress physiologique augmente. Et lorsque celui-ci devient important, certaines performances cérébrales peuvent se dégrader.

Les recherches sur la chaleur et les performances cognitives montrent notamment des effets possibles sur l’attention, la mémoire de travail et la rapidité avec laquelle nous traitons une information.

Temps de réaction plus long et davantage d’erreurs

Une étude réalisée directement auprès de travailleurs exposés à la chaleur a observé une augmentation du temps nécessaire pour effectuer certaines tâches, un allongement du temps de réaction ainsi qu’une augmentation du nombre d’erreurs lorsque le stress thermique augmentait.

Une autre étude menée auprès de travailleurs de l’industrie pétrochimique a également constaté, au cours des postes exposés à la chaleur, une augmentation du temps de réaction et de certaines erreurs ainsi qu’une diminution du nombre de réponses correctes.

Des chercheurs travaillant notamment avec le NIOSH américain ont obtenu des résultats comparables lors d’expériences associant chaleur et exercice physique : certaines performances concernant le temps de réaction et l’attention étaient moins bonnes dans les conditions chaudes.

Pour quelqu’un assis derrière un ordinateur, perdre légèrement en rapidité peut éventuellement se traduire par quelques secondes supplémentaires pour résoudre un problème.

Pour un livreur à scooter, à moto ou à vélo, la question devient beaucoup plus intéressante.

Il faut continuellement surveiller les voitures, les piétons, les vélos, les feux de signalisation, les priorités, le GPS et les mouvements parfois imprévisibles des autres usagers.

Une baisse de vigilance ou quelques fractions de seconde supplémentaires pour analyser une situation peuvent donc avoir des conséquences autrement plus sérieuses.

La déshydratation vient encore compliquer les choses

À la chaleur s’ajoute un deuxième phénomène particulièrement fréquent chez les personnes qui travaillent dehors : la déshydratation.

Une méta-analyse regroupant plusieurs études a conclu que la déshydratation entraînait en moyenne une diminution modeste mais significative des performances cognitives, particulièrement concernant l’attention, les fonctions exécutives et la coordination motrice. Les effets devenaient plus importants lorsque la perte de masse corporelle due à la déshydratation dépassait environ 2 %.

Autrement dit, travailler pendant des heures sous le soleil sans boire suffisamment peut cumuler deux problèmes : la chaleur elle-même et la déshydratation qu’elle provoque.

À partir de quelle température devient-on moins performant ?

C’est là que les choses deviennent plus compliquées.

Il n’existe pas une température extérieure magique à partir de laquelle le cerveau cesse soudainement de fonctionner normalement.

Tout dépend de l’humidité, de l’exposition au soleil, des vêtements, de l’activité physique, de l’hydratation, de la durée de l’exposition et surtout de l’élévation réelle de la température corporelle.

Une synthèse de la littérature scientifique suggère qu’une température corporelle centrale approchant 38,5 °C pourrait constituer une zone où les effets négatifs de l’hyperthermie sur certaines performances cognitives deviennent particulièrement apparents. Ce chiffre ne doit cependant pas être considéré comme une frontière universelle.

Et toutes les études ne constatent pas systématiquement une dégradation des capacités mentales simplement parce qu’il fait très chaud.

Par exemple, des travailleurs habitués à travailler dans un environnement avoisinant 41 °C n’ont pas montré de détérioration générale de leurs performances cognitives lorsqu’ils étaient ensuite testés dans une pièce climatisée, tant qu’ils n’étaient pas réellement en hyperthermie importante.

Ce n’est donc pas le nombre affiché sur le thermomètre qui compte à lui seul : c’est le stress thermique réellement subi par l’organisme.

Pour un livreur, le problème est surtout l’accumulation

À 30 ou 35 °C, un livreur peut parfaitement travailler normalement.

Mais après plusieurs heures passées dehors, la situation peut progressivement changer : chaleur accumulée, transpiration, fatigue physique, manque d’eau, circulation dense et nécessité de rester constamment attentif.

Ce cocktail n’est pas idéal lorsqu’on conduit.

C’est d’ailleurs peut-être l’un des aspects les plus trompeurs de la canicule : on peut encore se sentir capable de travailler alors que notre niveau de vigilance commence déjà à diminuer.

La bonne stratégie n’est donc pas uniquement de chercher à avoir moins chaud pour des raisons de confort.

Boire régulièrement, profiter de quelques minutes à l’ombre ou dans un endroit frais lorsque c’est possible et éviter de pousser son organisme jusqu’à l’épuisement thermique peuvent également participer à maintenir ses capacités de réaction.

La chaleur n’endort donc pas seulement le corps

Dire que « le cerveau économise son énergie pour rester à 36,5 °C » est scientifiquement trop simpliste.

Mais derrière cette explication approximative se cache un phénomène bien réel.

Lorsqu’un organisme commence à surchauffer, surtout si la chaleur s’accompagne d’effort physique et de déshydratation, certaines fonctions essentielles à la conduite peuvent devenir moins efficaces : vigilance, attention, mémoire de travail et rapidité de réaction.

Pour les livreurs qui passent parfois huit ou dix heures sur la route en plein été, la canicule n’est donc pas uniquement une question de confort.

C’est aussi une question de sécurité.

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