Il est 23 h 30. Vous venez de livrer la dernière commande et l’application affiche 76 euros. La tentation est grande de résumer toute la soirée à ce montant : « Pas mal » ou « soirée perdue ».
Pourtant, ce chiffre ne dit pas combien de temps vous êtes resté disponible, combien de kilomètres vous avez parcourus ni ce que le scooter vous a coûté. Pour savoir si un service était réellement intéressant, cinq nombres suffisent. Ils se notent en moins de deux minutes.
Les cinq chiffres à noter après chaque service
Gardez toujours la même méthode. Une note dans le téléphone, un petit carnet ou un simple tableau suffit. L’outil compte moins que la régularité.
- Les recettes totales : courses, primes et pourboires reçus pendant le service.
- La durée réellement consacrée au travail : de votre mise à disposition jusqu’à la fin, en retirant les vraies pauses personnelles.
- Le nombre de commandes livrées.
- Les kilomètres parcourus : du départ au retour, y compris les trajets sans commande.
- Les dépenses directement liées au service : carburant, recharge payante, stationnement ou autre frais identifiable.
Ajoutez une courte remarque seulement si quelque chose a réellement influencé la soirée : pluie forte, attente inhabituelle dans un restaurant, panne, manifestation ou longue course qui vous a laissé loin de votre zone. Une phrase suffit.

Premier calcul : combien la soirée rapporte-t-elle par heure ?
Divisez les recettes totales par le nombre d’heures réellement consacrées au service.
Exemple : vous avez encaissé 76 euros entre 19 h et 23 h 30, sans pause personnelle. Vous avez donc mobilisé quatre heures et demie. Votre chiffre d’affaires horaire est de 16,89 euros.
Ce n’est pas encore votre revenu net. Mais ce calcul permet déjà de comparer deux services de durée différente. Une soirée à 90 euros peut sembler meilleure qu’une soirée à 70 euros ; si elle a demandé trois heures de plus, la conclusion peut changer.
Deuxième calcul : que rapporte réellement une commande ?
Divisez les recettes par le nombre de commandes livrées. Avec 76 euros pour sept commandes, vous obtenez 10,86 euros par commande.
Ce nombre n’est pas un objectif à suivre aveuglément. Une course bien payée peut vous emmener très loin et provoquer un long retour à vide. À l’inverse, plusieurs petites commandes rapprochées peuvent former un service correct. Utilisez ce chiffre avec le temps et la distance, jamais tout seul.
Troisième calcul : combien rapporte chaque kilomètre ?
Relevez le compteur du scooter ou du vélo électrique au début et à la fin du service. Ne vous limitez pas aux distances annoncées par l’application. Le déplacement vers le restaurant, le retour vers une zone active et le trajet jusqu’à chez vous usent aussi le véhicule.
Si vous avez parcouru 68 kilomètres pour obtenir 76 euros, votre chiffre d’affaires est de 1,12 euro par kilomètre. Cette donnée complète utilement notre article sur les kilomètres invisibles du livreur.
Une baisse régulière de ce rapport peut révéler des retours à vide trop fréquents, une zone mal choisie ou des commandes qui vous éloignent systématiquement des restaurants.

Ce qui reste après les frais visibles
Reprenons la même soirée. Vous avez encaissé 76 euros et dépensé 4 euros de carburant. Il reste 72 euros avant les cotisations, les impôts et les dépenses qui n’arrivent pas tous les jours : entretien, pneus, assurance, réparations et remplacement du véhicule.
Il ne faut donc pas appeler ces 72 euros un salaire net. C’est simplement une estimation plus honnête que le montant affiché par l’application. Pour connaître votre résultat complet, conservez aussi vos factures et suivez les frais du véhicule sur une période plus longue.
Une seule soirée ne permet pas de tirer une conclusion
Un vendredi pluvieux ne se compare pas directement avec un mardi calme. Une panne, un événement ou une prime exceptionnelle peuvent fausser le résultat. Ce qui devient intéressant, c’est la répétition.
Après deux ou trois semaines, regroupez les services comparables : mêmes jours, mêmes horaires et même zone. Vous verrez alors quels créneaux sont régulièrement rentables et lesquels donnent seulement l’impression de bien fonctionner.
Le bilan doit conduire à une décision simple
Ces chiffres servent à modifier une habitude concrète : commencer un peu plus tard, éviter une zone qui impose trop de retours à vide, mieux choisir les commandes longues ou prévoir un budget d’entretien plus réaliste.
Ils ne doivent jamais vous pousser à rouler plus vite ou à prendre davantage de risques. Le meilleur service n’est pas forcément celui qui affiche le plus gros total. C’est celui qui offre un résultat correct sans épuiser inutilement le livreur ni son véhicule.
À la fin de votre prochaine soirée, notez simplement ces cinq nombres. Après quelques semaines, vous ne jugerez plus votre travail sur une impression : vous saurez quels services valent réellement le temps et les kilomètres que vous leur consacrez.
Pour aller plus loin, consultez aussi le guide complet du livreur Uber Eats à Bruxelles.