Suppressions massives de comptes Uber Eats : le grand nettoyage a-t-il commencé ?

Depuis plusieurs jours, des retours insistants venus du terrain font état d’un phénomène inhabituel : de nombreux comptes Uber Eats auraient été désactivés ou bloqués en Belgique. Selon plusieurs livreurs, il ne s’agirait pas de simples suspensions isolées, mais d’un véritable nettoyage de grande ampleur.

À ce stade, Uber ne communique pas publiquement de chiffres précis. Mais, selon nos informations, les contrôles auraient fortement augmenté après la fin du régime P2P, intervenue le 8 juin 2026. Depuis cette date, les coursiers Uber Eats et Deliveroo ne pourraient plus exercer sous le régime fiscal dit “Peer-to-Peer”, comme l’a rapporté BX1. L’UBT-FGTB avait également salué la non-prolongation des accords fiscaux qui permettaient aux livreurs de bénéficier de ce régime particulier.

Une explosion de nouveaux comptes indépendants

Après la fin du P2P, un grand nombre de livreurs ont tenté de basculer vers un statut indépendant. Uber continue d’ailleurs à fournir sur son site belge des informations pratiques sur l’immatriculation TVA, le formulaire 604A et le régime des petites entreprises.

Mais cette transition aurait aussi provoqué un effet secondaire : la création massive de nouveaux comptes, parfois dans des conditions douteuses. D’après plusieurs retours du terrain, des centaines de comptes — voire davantage — auraient été ouverts rapidement après le 8 juin.

Parmi ces comptes, certains auraient été créés avec de vrais statuts indépendants. D’autres, en revanche, seraient soupçonnés d’avoir été fabriqués à partir de documents d’identité volés, empruntés ou modifiés numériquement. Des livreurs évoquent notamment l’utilisation de cartes d’identité retouchées à l’aide de logiciels de modification d’image. Plus d’infos ici

Ces informations restent, à ce stade, des éléments de terrain. Elles devront être confirmées par des données officielles ou par des procédures judiciaires. Mais elles correspondent à une réalité que beaucoup de livreurs connaissent déjà : depuis des années, le marché de la livraison est pollué par des faux comptes, des comptes loués, des comptes partagés et des profils créés au nom de personnes qui ne roulent pas elles-mêmes.

Uber aurait lancé des contrôles manuels

Selon nos informations, Uber aurait entrepris un nettoyage massif de sa base de comptes. Contrairement aux contrôles automatiques habituels, cette opération comporterait une part importante de vérification humaine.

Des opérateurs examineraient manuellement certains dossiers afin d’identifier les incohérences : documents suspects, photos non conformes, identités douteuses, informations contradictoires, profils créés très récemment ou comportement inhabituel du compte.

Ce type de contrôle marque un changement important. Jusqu’ici, beaucoup de livreurs avaient l’impression que la vérification était surtout algorithmique : scan de documents, reconnaissance faciale, contrôle automatisé des données. Si des opérateurs humains interviennent réellement en masse, cela signifie qu’Uber cherche probablement à assainir rapidement sa flotte de livreurs.

Pourquoi maintenant ?

Le timing n’est probablement pas un hasard.

La fin du P2P a bouleversé l’équilibre du système. Avant le 8 juin, de nombreux livreurs travaillaient dans un cadre fiscal très léger, sans cotisations sociales classiques et sans inscription indépendante complète. Après cette date, les plateformes et les livreurs se retrouvent dans une situation beaucoup plus sensible : statut indépendant, TVA, cotisations sociales, risques de contrôle, et débat juridique permanent sur le salariat.

Le contexte judiciaire est lui aussi instable. La Cour du travail de Bruxelles a requalifié des coursiers Deliveroo en salariés dans son arrêt du 21 décembre 2023, tandis que le tribunal du travail francophone de Bruxelles a récemment conclu, le 30 juin 2026, que trois livreurs Uber Eats étaient indépendants et non salariés.

Autrement dit, le secteur n’est pas stabilisé. Les plateformes doivent continuer à faire tourner le service, mais elles doivent aussi démontrer qu’elles contrôlent mieux leur flotte. Dans ce contexte, laisser circuler des milliers de comptes douteux deviendrait extrêmement risqué.

Les faux comptes : un problème explosif

Le faux compte n’est pas seulement un problème interne à Uber. C’est un problème social, fiscal, pénal et sécuritaire.

Lorsqu’un compte est créé avec de faux documents ou avec l’identité d’une autre personne, plusieurs questions se posent immédiatement : qui travaille réellement ? Qui touche l’argent ? Qui déclare les revenus ? Qui est responsable en cas d’accident ? Qui répond si un client, un restaurateur ou un tiers est victime d’un dommage ?

Le problème devient encore plus grave lorsqu’il y a usage de documents falsifiés ou usurpation d’identité. La police belge rappelle que les victimes d’usurpation d’identité doivent signaler les faits et porter plainte rapidement.

Pour les livreurs réguliers, la situation est également injuste. Celui qui travaille avec ses vrais papiers, son vrai statut et ses vraies obligations fiscales se retrouve en concurrence avec des profils frauduleux, parfois exploités par des intermédiaires qui louent ou revendent des comptes.

Les vrais livreurs risquent aussi d’être touchés

Le danger d’un nettoyage massif, c’est qu’il peut aussi frapper des livreurs honnêtes.

Un document mal scanné, une photo floue, une erreur administrative, une incohérence dans le profil ou un changement de statut mal enregistré peuvent suffire à déclencher un blocage. Le livreur se retrouve alors sans accès à l’application, parfois sans explication claire, et donc sans revenu immédiat.

C’est là que la situation devient problématique : si Uber procède à des contrôles massifs, la plateforme doit aussi offrir une procédure claire, rapide et transparente pour les livreurs qui contestent une désactivation.

Un faux compte doit être supprimé. Mais un vrai livreur ne devrait pas être traité comme un fraudeur simplement parce que son dossier administratif contient une erreur.

Une opération de nettoyage… ou une restructuration silencieuse ?

Il reste une question importante : Uber cherche-t-il seulement à supprimer les faux comptes, ou profite-t-il de la situation pour réduire massivement le nombre de livreurs actifs ?

Depuis la fin du P2P, la flotte de livreurs est devenue plus difficile à gérer. Les plateformes doivent composer avec des obligations plus lourdes, des statuts plus complexes, une pression politique accrue et un contentieux judiciaire permanent. Nous avions envisagé cette hypothèse dans cet article

Dans ce contexte, un nettoyage des comptes frauduleux peut aussi avoir un effet économique : moins de livreurs connectés, moins de profils douteux, mais aussi une flotte plus contrôlable.

Pour les livreurs, la conséquence est simple : l’époque des comptes bricolés, prêtés, loués ou créés à la chaîne touche peut-être à sa fin.

Ce que les livreurs doivent retenir

Le message est clair : les contrôles semblent se durcir.

Les livreurs qui travaillent avec leur vrai compte, leurs vrais documents et leur vrai statut doivent vérifier que leur dossier Uber est complet, cohérent et à jour. Les autres prennent un risque considérable.

Quant à ceux qui achètent, louent ou utilisent un compte au nom d’une autre personne, ils doivent comprendre que le risque n’est plus seulement de perdre l’accès à l’application. Il peut aussi y avoir des conséquences fiscales, sociales, administratives et pénales.

La livraison entre probablement dans une nouvelle phase. Pendant des années, les plateformes ont laissé se développer un système gris, parfois totalement incontrôlable. Aujourd’hui, avec la fin du P2P et la pression croissante des administrations, ce système commence peut-être à se refermer.

Et comme souvent, ce sont les livreurs qui découvrent les conséquences en premier.

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